Gaspard Jard, ouvrier en soie (3ème épisode)

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Gaspard devient à son tour ouvrier en soie.

Arrêtons-nous un moment sur ces ouvriers en soie, très nombreux en Avignon jusqu'au milieu du XIXème siècle.

Sous l'impulsion d'Olivier de Serre (agronome 1539-1619) on plante, dans plusieurs régions de France, des mûriers pour l'élevage des vers à soie. Cette culture réussira surtout en Languedoc et en Provence. Le cocon fournit un fil continu de 800 à 1500 m - c'est l'étape du filage; Ce travail est très pénible car il se fait dans une atmosphère humide et malsaine.

Ensuite vient le moulinage qui permet de tordre ensemble les fils de 4 à 8 cocons pour réaliser un fil de qualité. La partie médiane du cocon donne le meilleur fil. Le reste du cocon est appelé "bourrette", recyclée pour le rembourrage des vêtements ou un tissage de médiocre qualité : la filoselle.

L'industrie de la soie occupait la majeure partie de la population ouvrière de la ville. Entre 1820 et 1837 on comptait environ 10 000 ouvriers.

Pendant plus d'un siècle se succèdent les périodes de prospérité et de crise.

A partir de 1835 le déclin est rapide.

En 1845 apparaissent les premières maladies du ver à soie et par la suite celles du mûrier.

En 1869 l'ouverture du Canal de Suez favorise l'importation des soies de Chine et du Japon.

En 1884 la soie artificielle est inventée.

En 1917 il reste encore deux manufactures à Avignon, derniers vestiges de cette industrie.

Nous avons peu de renseignements sur les conditions de travail des ouvriers en soie (fileurs, moulineurs, teinturiers, tisseurs) mais on peut penser qu'elle était difficile.

On trouve des petits ateliers de tissage dirigés par les pères de famille dont les enfants occupent la majeure partie des métiers. Ces ouvriers sont payés à façon : plus ils travaillent, plus ils gagnent.

Un taffetassier gagne 34 cts le mètre tissé soit 1,20 f par jour en moyenne. Il hypothèque régulièrement son métier et demande souvent des avances aux fabricants qui lui donnent de l'ouvrage.

Certains filent la soie à domicile pour le compte d'un fabricant mais la majorité est employée dans des filatures où la durée du travail est de 14 heures en moyenne variant selon la saison. Par exemple en 1852, du 20 juin au 25 juillet on travaille de 4h30 à 19h30 soit 15 heures. Du 25 octobre au 25 novembre : de 7h à 17h soit 10 heures.

Dans une filature on emploie en moyenne 28 personnes sur 10 métiers : 10 tisseurs, 3 dévideuses de soie teinte payées 2 f/jour, 1 teinturier payé 0,40 f/jour, 1 ourdisseuse 1f/jour, 1 tordeur ou plieur 1,50f/jour, 2 mouliniers ou dévideurs de soie grège ( brute) 1,50 f/jour et 2 enfants pour les cannettes 0,40 f/jour.

En 1833 le kilo de pain de première qualité coute 0,40 f, le kilo de boeuf : 1,07 f et le kilo de porc : 0,92 f.

Presque toute la production d'étoffe consistait en "florence", genre de taffetas "uni, brillant, fort et moelleux au toucher". Il s'en tissait environ 20 000 pièces par an. La florence était tissée en 3 largeurs : 5/8, 7/12, 13/24 d'aune de 2 à 4 f le mètre.

1 aune = 64 doigts = 4 pieds = 2/3 de toise soit environ 1,15 m c'est à dire 3 pieds 7 pouces bien sûr !

Les qualités les plus fortes servaient à faire des robes, l'ameublement et la décoration.. Les qualités plus légères servaient de doublures pour les vêtements.

Il y avait quelques variantes : la mi-florence, la double-florence, la marceline, la marcelinette, la sarcinette... ainsi que les foulards de soie.

Mais la situation matérielle et mentale des ouvriers en soie est tragique.

Gaspard change alors de métier. Il devient sacristain des Pénitents Blancs et s'installe avec sa famille 21 Place de la Principale. Le bâtiment est aujourd'hui remplacé par un immeuble moderne, il jouxte la chapelle des Pénitents Blancs.

Gaspard Jard décèdera le 20 février 1863 à 72 ans et son épouse le 22 avril 1885 à 81 ans.

Sources : J.W. Joyce - L'industrie des soieries d'Avignon, grandeurs et misères de sa dernière floraison

Line Teisseyre-Sallmann - L'industrie de la soie en Bas-Languedoc XVIIè-XVIIIè siècles.

Madeleine Ferrières - Le bien des pauvres, la consommation populaire en Avignon 1600-1800

Sauvegarde et Promotion du Patrimoine Industriel du Vaucluse - cahier n° 21

la Place de la Principale et la Chapelle des Pénitents Blancs
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