Quand l'obstination démolit la légende....

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Il y a 32 ans, je débutais les recherches généalogiques pour retrouver, à la demande de ma mère, la trace de sa grand-mère Marie Michaud (voir l’article de mars 2014 : « A comme Aventure » et suivants).

Ces dernières semaines, les tables décennales et annuelles de l’Etat Civil parisien étaient mises en ligne jusqu’en 1974.

Cette nouvelle m’a immédiatement réjoui car je pensais qu’elle allait me permettre de retrouver le décès de cette grand-mère qui m’avait déjà donné tant de fil à retordre !

Après avoir méticuleusement dépouillé toutes ces tables, je trouvais plusieurs Marie Michaud dans quelques arrondissements entre 1902 et 1950. Certaines n’avaient qu’un seul prénom, d’autres en avaient deux. La mienne n’en avait qu’un mais comme elle avait plutôt cherché à se faire oublier, elle aurait pu en déclarer un autre !

Je débutais donc ma recherche en 1912.

Ma mère m’avait raconté que Marie Michaud était venue harceler son fils rue Le Regrattier et qu’il l’avait mise à la porte. L’avait-elle vue ou lui avait-on rapporté ? Elle était une toute petite fille à cette époque.

Mes grands-parents ont habité cet endroit de 1913 à 1925. Ensuite ils sont partis dans l’Aisne.

Je sélectionnais quelques Marie Michaud et demandais aux mairies d’arrondissement les actes de décès choisis. Aucun ne correspondait à mon personnage.

Je décidais alors de rechercher dans les cimetières. Je commençais par Thiais et Bagneux (cimetières parisiens) qui répondirent négativement. Je recensais à tout hasard les maisons de retraite et hospices. Mais le travail était énorme !

Un peu lasse, je repris les archives en ligne de Saône et Loire et découvris de nouveaux documents : les tables de successions et absences.

Je recherchais donc une trace du mari, Louis Claude Jard, car je n’avais jamais trouvé son décès. J’avais juste une photo le montrant dans l’hôpital de Verdun sur le Doubs pendant la première guerre mondiale. Je trouvais facilement son nom et les renseignements suivants : décès le 1è mars 1930 à l’hospice de Mâcon. Succession sans actifs.

Réconfortée par ce succès, je recherchais ensuite les membres de la famille dont j’ignorais la date du décès. C’est ainsi que je découvrais le décès du père de Marie que je cherchais au Creusot où il vivait mais qui était mort à Paris en 1891. Son fils Claude (qui habitait Paris) refusait la succession. On ne parlait pas de sa fille Marie.

Ravie des trouvailles de la journée, je faisais un peu de tri dans les documents imprimés quand je tombais sur la photocopie du registre matricule de mon grand-père. Il faisait partie de la classe 1898.

Il était écrit qu’il habitait Verdun sur le Doubs. Tirage au sort dans ce canton.

J’ai toujours entendu dire que mon grand-père n’avait retrouvé son père que pendant son service militaire effectué à Auxonne donc après le tirage au sort.

Louis Claude Jard habitait Beaune jusque 1890.

Première incohérence. Pourquoi alors Verdun sur le Doubs. Il devait donc connaître son père.

Je croyais Alphonse à Paris à cette époque. Effectivement il est noté absent au conseil de révision.

Si on avait menti sur le père pourquoi pas sur la mère ?

Une intuition me fit éplucher les tables décennales précédentes : la décennie 1893-1902. Je trouvais bien une Marie Michaud dans le 1ier arrondissement en 1900.

Me reportant au registre de l’année, voici ce que je lu :

« …..acte de décès de Marie Michaud, âgée de 45 ans environ née à (lieu inconnu), domiciliée rue de la Michodière 8, décédée le vingt et un août courant à huit heures et demi du soir, rue de Rivoli, en allant à l’Hôtel-Dieu et transportée à son domicile, fille de père et mère dont les noms ne sont pas connus, sans autres renseignements, dressé par nous…. »

Quelques réflexions :

- il n'est pas fait mention d'un nom d'époux

- pourquoi aller à l'Hôtel-Dieu à 8h30 du soir si ce n'est pour une urgence ?

- ses deux frères sont morts à 36 ans , réformés pour "faiblesse du coeur".

- de la rue de la Michodière à l'Hôtel-Dieu en passant par la rue de Rivoli, il faut marcher environ 45 mn.

- elle s'y rendait à pied (pas de métro à l'époque), sûrement pas les moyens de payer un fiacre.

- le 8 de la rue de la Michodière est un superbe immeuble Haussmannien, elle ne pouvait y être que domestique.

- mon grand-père connaissait de nombreux airs d'opéras, ayant fait "la claque" dans les salles de concerts nombreuses dans ce quartier. Peut-être y a-t-il vécu.

- en 1900 Alphonse faisait son service militaire.

Est-ce la bonne Marie Michaud ?

Qui a parlé de cette mère venant réclamer l’aide de son fils ?

Est-ce Alphonse, pour qu’on ne lui pose plus de questions ? il ne savait donc pas qu’elle était décédée.

L’acte de décès de Louis Claude Jard mentionne qu’il était veuf.

Marie Michaud avait demandé la séparation de corps en 1879.

Lorsque le divorce a été rétabli en 1884, on avait la possibilité de convertir la séparation en divorce sur la demande d’un des époux.

Le 26/12/1884, une conversion a bien été demandée. Le jugement est rendu en 1885. Marie Michaud réside toujours à Beaune en 1885.

Reprenons les zones d’ombre :

- Alphonse est confié à son arrière-grand-mère Françoise Daligand, à sa naissance. Ils vivent dans la ferme de Montagrin à Toulon-sur-Arroux.

- Alphonse passe son certificat d'études. Il est reçu 1ier du canton, il doit avoir 14 ans. Que fait-il ensuite ? Apprentissage . où ? travaille-t-il à la ferme ?

- Lorsque Françoise Daligand décède il a 17 ans. Où va-t-il ?

- On l'envoie rejoindre sa mère à Paris mais est-il allé quelques jours ou semaines chez son père, le temps d'organiser son départ ?

Mystère !

A la fin de son service militaire, en 1902, Alphonse s’installe à Paris, rue Pascal.

Il se marie en 1905, avec Marthe Bogé, civilement je crois, sa femme étant divorcée.

Je viens de recevoir l’acte de mariage : d’autres incohérences apparaissent.

Il est noté son adresse (il en a changé plusieurs fois) : 44 quai des Célestins. Puis « fils majeur de Louis Claude Jard, manœuvre à Verdun sur le Doubs, consentant….et de Marie Michaud son épouse absente….

…avec Marthe Bogé, couturière, 44 quai des Célestins…veuve de Jules Lucien Deherme…

Le futur déclare que sa mère est absente et qu’il ignore le lieu de son dernier domicile.

J’ai toujours cru que Marthe était divorcée de Jules Deherme.

Je vais donc rechercher s’il y a eu un mariage religieux.

L’Aventure n’est donc pas terminée…

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