Du village de Moisenay au bagne de l’île Nou (3ème épisode)
Julien est conduit à Brest. Le transport des prisonniers se fit dans des wagons à bestiaux, empilés pendant plus de 24 heures, sans vivres ni boisson, jusqu’aux pontons qui devaient leur servir de prison. Julien est envoyé sur le ponton du navire « L’Aube ». Les prisonniers enfermés dans des cages sont victimes de tortures. Aucune ventilation, du biscuit, du pain et des haricots pour toute nourriture. Plus tard, on y ajoutera de la soupe et du bouilli le dimanche. Les enfants et les femmes sont tout aussi maltraités. On compta 2000 malades et près de 2000 morts.
Il y eut 26 conseils de guerre : simulacre de justice, lois violées, règles de procédures méprisées, pièces falsifiées.
Le 23 septembre, Julien est interrogé sur le ponton par les membres du 3ème conseil de guerre de la 1ère division militaire séant à Versailles, un des plus durs.
Le 14 février 1872, le 9ème conseil de guerre séant à Sèvres rend son verdict : peine de mort et dégradation militaire. Coupable d’avoir, en mars et avril 1871, déserté à l’ennemi et participé à l’insurrection parisienne. Il est en outre condamné à rembourser les frais du procès.
Le 28 mars 1872, la sentence est confirmée par décision du conseil de révision.
Julien en est informé le 4 avril.
Le 18 avril 1872, nouvelle confirmation par un arrêt de la Cour de Cassation, à l’unanimité,
ce qui lui est notifié le 8 mai.
Le 30 juillet, après une demande de recours en grâce, la sentence est transformée en « travaux forcés à perpétuité ».
En 1872, les parents de Julien sont installés à Clichy, le père est marchand de briques.
Le 9 septembre, Julien est admis (le terme est authentique) au bagne de Toulon.
Il voyage en voiture cellulaire.
Le bagne de Toulon fait office de centre de transfert depuis l’ouverture des bagnes de Guyane et de Nouvelle-Calédonie.
Entre 1872 et 1878, 20 convois emporteront des condamnés vers la Nouvelle Calédonie, au départ de Toulon, Brest, Rochefort et de l’île d’Aix.
Julien, condamné de 1ère catégorie, sera donc envoyé à l’Ile Nou, en Nouvelle Calédonie.
Dans quel navire embarque t’il ?
Au vu de la date de son transfert à Toulon, il a sans doute embarqué sur « Le Rhin », dans le 15è convoi qui emportait 500 forçats de droit commun et 53 Communards. Le Rhin est un navire de transport mixte de type 3 mâts, à hélices et à voiles de 73 m de long et 13 m de large. Il a été réaménagé en prison avec 4 cages grillées contenant 120 prisonniers, un canon braqué sur eux. Le capitaine d’armes est Louis Dalloz.
Le Communard Jean Allemane décrit, dans un livre de souvenirs, leur traversée : Réveil à 5 heures, café à 6 heures, lavage du pont et des cages. A 11 heures déjeuner : biscuit de troupe, 1/16è de pain de munition, du bouillon, des haricots, 23cl de vin. A 17 heures le dîner : un biscuit, de la soupe au riz, 1/16è de pain de munition. Le dimanche et le jeudi, une soupe grasse avec 250g de lard, de viande ou des conserves. Les 4/5ème des prisonniers ont le scorbut.
Parti de Toulon le 21 janvier 1873 et après une escale à Dakar et à Santa Catarina au Brésil, Le Rhin accoste à Nouméa le 23 avril.
A suivre.....
Sources :
- Archives nationales d’Outremer, Aix en Provence
- Service historique de la Défense, Château de Vincennes
- Maîtron
- « La déportation en NouvelleCalédonie » de Bernard Brou
- Gallica (BNF)
- « Mémoires d’un Communard » de Jean Allemane
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