Du village de Moisenay au bagne de l’île Nou (4ème épisode)
Du village de Moisenay au bagne de l’île Nou (4ème épisode)
Les déportés sont répartis dans 3 lieux : les condamnés à la « déportation simple » débarquent à l’île des Pins. D’autres sont dirigés vers la presqu’île Ducros en « enceinte fortifiée ».
Enfin, ceux qui sont jugés les plus dangereux, les récalcitrants, les 323 Communards condamnés aux « travaux forcés » pour crimes et désertion arrivent au bagne de l’île Nou. C’est ici que l’on parque aussi les condamnés de droit commun qui ne seront pas tendres avec les Communards. C’est donc ici que nous retrouvons Julien.
A leur arrivée, ils sont rasés. On remet à chaque forçat son équipement , un hamac, une couverture et la « tenue d’ignominie » : un complet de toile, un complet de laine, des souliers, une chemise de toile et une chemise de coton.
Le nombre de malades est considérable et la mortalité très grande (16%). Ils seront mis en terre sans cercueil. Les surveillants exercent une grande brutalité, les châtiments barbares entraînent souvent une hospitalisation.
La nourriture est insuffisante : le matin, café noir ; à midi, une livre et demi de pain avec de la soupe ou du bœuf ou des haricots ; le soir, haricots ou riz. Le vendredi midi, fromage de Hollande ou morue salée, souvent pourrie.
Julien sera gracié le 15 janvier 1879.
Après de nombreuses tractations et nombreux débats, la loi du 3 mars 1879 permet une amnistie partielle de tous les Communards. Enfin le gouvernement graciera tous les condamnés le 10 juillet 1880.
Et c’est le retour.
De nombreux navires embarquent les anciens bagnards.
Les 5 premiers convois arrivent à Port-Vendres en septembre 1879, accueillis avec enthousiasme. C’est Le Var qui accoste le premier , puis La Picardie le 7, la Seudre le 12, La Vire le 24, enfin Le Calvados le 12 octobre.
Julien et ses compagnons d’infortune voyageront sur « La Loire », partis de Nouméa le 1ier novembre, ils arriveront à Brest le 5 mars 1880.
Des 4253 Communards arrivés en Nouvelle Calédonie 3860 ont survécu. Certains, dont la famille les avaient rejoint, choisirent de rester comme colons
On annonce dans la presse le retour des condamnés à Paris, à la gare Montparnasse. De là, des trains spécialement affrétés les transporteront dans plusieurs régions de France.
Julien a maintenant 35 ans et reprendra son métier de charretier.
Domicilié rue de Paris à Clichy la Garenne, il restera célibataire et s’éteindra à son domicile le 5 octobre 1907 à 62 ans.
« En neuf années, les grâces, les lois, la mort avaient libéré toutes les victimes de Versailles.
Vingt mille hommes, femmes enfants tués pendant la bataille ou après la résistance, à Paris, en province ; 3000 au moins morts dans les dépôts, les pontons, les forts, les prisons, la Nouvelle-Calédonie, l’exil ou des maladies contractées pendant la captivité ; 13 700 condamnés à des peines qui, pour beaucoup, ont duré 9 ans ; 70 000 femmes, enfants, vieillards privés de leur soutien naturel ou jetés hors de France ; 7000 000 victimes environ, voilà le bilan des vengeances de la haute bourgeoisie pour la Révolution de deux mois du 18 mars. » Prosper-Olivier Lissagaray 1896
A suivre
Sources :
- Archives de la Préfecture de Police (Le PréSaint-Gervais)
- « La Commune vécue » de Gaston da Costa
- « La Commune, histoire et souvenirs » de Louise Michel
- « Histoire de la Commune de 1871 » de ProsperOlivier Lissagaray


