Le retour des amnistiés 5/5
Le retour des amnistiés 5/5
Le premier train venu de Port-Vendres ramenant les amnistiés à Paris était attendu pour 8 heures du soir.
Mais les autorités craignant d’importantes manifestations ont fait en sorte que le train arrive de nuit.
En effet vingt mille personnes se pressent autour de la gare d’Orléans (actuelle gare d’Austerlitz) , une foule paisible attendant sans impatience.
Le train est prévu pour 4 heures du matin.
Alors les groupes se dispersent, se donnant rendez-vous à l’arrivée du train. Certains retournent chez eux. Il n’y a aucun déploiement des forces de police.
Enfin, le train est annoncé. Les portes de la gare sont ouvertes en grand.
Les premiers amnistiés apparaissent, dignes, calmes, les traits tirés. Ils répondent aux cris de la foule par « Vive la République ».
Ils cherchent une figure connue. Que de scènes touchantes !
Les marchands de vin du boulevard de l’Hôpital ont disposé des tables sur toute la largeur du trottoir.
Autour d’un café chaud de petites bandes se forment. Les langues se délient, on demande des nouvelles des amis. D’autres marchent et vont sur le pont regarder couler la Seine.
Mais vêtus de leurs vêtements d’été ils grelottent sous l'air froid du matin.
Le comité central d’aide aux amnistiés a fait un appel aux dons.
L’entraide s’organise. Par l'intermédiaire des petites annonces, dans certains journaux, les propositions affluent.
Des artisans proposent un emploi, d’autres un logement, un repas. Des employés donnent de l’argent, un lit, une table....
Dans le quotidien « La Lanterne » on peut lire :
M.Mosny, usine de confitures offre de l’occupation à un amnistié ; M. Paille restaurateur, 40 rue Corbeau, offre à un amnistié un repas jusqu’à ce qu’il ait trouvé du travail ; M. Roux, mécanicien à Nogent sur Marne, offre le couvert et le lit à un amnistié ; M. Wonner offre du travail à un amnistié ciseleur, tourneur ou monteur ; le docteur Forestier s’engage à donner pendant un an ses soins gratuitement aux amnistiés des quartiers Combat, Boulanger, Belleville et Saint-Fargeau ; M. Jouve, menuisier, M. Truet, boulanger, M. Molas, parqueteur.....
Les employés d’une maison de commerce donnent 13f75, un groupe de tailleurs d'habits 13f, sept amis réunis 8f, une partie d'ouvriers d'ateliers de La Belle Jardinière 11f50, une dame professeur 50f, les économies de Mlle Dauguet, 13 ans, élève de Louise Michel 12f60, neufs citoyens de la rue du Petit Carreau 12f, les bijoutiers du passage Colbert, un soldat, une lingère 5f.
Une grande matinée dramatique et lyrique est organisée au Théâtre du Châtelet.
Antoine Delhourme, arrivé malade, fut admis à l’hôpital de La Pitié oùil décéda le lendemain. Il avait 44 ans. ses obsèques furent l'occasion d'un grand rassemblement.
En attendant tout ceux qui vont bénéficier de la loi d’amnistie totale en 1880, la vie va doucement reprendre son cours.
Cette Révolution, pour la sauvegarde de la République, qui a duré deux mois a fait sept cents mille victimes environ.
A Port-Vendres, une plaque commémorative assez illisible a été apposée.
Le 29 novembre 2016 l’Assemblée Nationale a voté un texte proclamant la réhabilitation de toutes les victimes de la répression de la Commune de Paris.
