Les frères LOUIS, condamnés politiques en 1852

Publié le par Roselyne Tellier

Les frères LOUIS, condamnés politiques en 1852
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Le 2 décembre 1851, jour anniversaire du sacre de Napoléon 1ier et de la bataille d’Austerlitz, Louis Napoléon Bonaparte, Président de la République, dissout l’Assemblée Nationale. Dans la nuit, 60 000 soldats appuyés de plus de 100 pièces d’artillerie occupent les points stratégiques de Paris.

Les imprimeries sont occupées, les cafés fermés, l’état de siège est déclaré.

Le suffrage universel masculin est rétabli et le peuple sera appelé à voter pour une nouvelle constitution les 21 et 22 décembre.

Le Parti de l’Ordre composé de monarchistes légitimistes remporte la majorité des sièges.

Les députés montagnards appellent à la résistance armée.

70 barricades se dressent dans Paris, rapidement dispersées. Fusillades, exécutions sommaires, carnage dans la foule désarmée.

Pendant tout le mois de décembre, des militants démocrates et républicains sont arrêtés.

Mais c’est en province que gonfle une révolte inattendue où 32 départements sont mis en état de siège.

Le pouvoir est donné aux autorités militaires. Mais un civil ne pouvant être jugé par un conseil de guerre, 82 commissions mixtes sont créées, composées de fonctionnaires des ministères de la Justice, de la Guerre et de l’Intérieur,  présidées par le Préfet. Les actes d’accusation ne sont constitués que de rapports de surveillance et de renseignements sur la conduite des individus. Ceux-ci n’ont pas la possibilité d’assurer leur défense et sont condamnés pour délit d’opinion.

Dans ce climat de révolte et de répression, le corps électoral, soigneusement purgé, se prononce pour la révision de la Constitution.

Ces commissions mixtes prononcent des peines jusqu’ici inconnues au Code Pénal : l’éloignement du territoire, l’assignation à résidence et la surveillance étroite.

Jusqu’en janvier 1852, ce sont des arrestations massives , suivies de condamnations au bagne, de transportations en Algérie et d’emprisonnements pour les individus jugés les plus dangereux.

Le Prince-Président accorde alors des grâces : frapper fort et pardonner ensuite !

Le statut de Président a d'ailleurs évolué pour devenir celui d’un monarque.

Le 2 décembre 1852, le Prince-Président Louis Napoléon Bonaparte devient Napoléon III, empereur des Français.

La famille LOUIS s'est installée à Boult-aux-Bois, dans les Ardennes vers 1759, venant de Lorraine. Louis LOUIS y a épousé Marie Nicole CRUSSAIRE. Il est admodiateur de la Commanderie, il en gère les terres. Ils ont six enfants. La famille est assez aisée.

Mais, à Boult-aux-Bois, dès 1849, le choléra fait des ravages . Les conditions de vie insalubres, le manque d’hygiène, la nourriture insuffisante, la négligence des petites maladies et l’alcoolisme  favorisent l’extension de l’épidémie.

Cela commence le 24 août , chez Amand LOUIS, le neveu de Louis qui est cultivateur.

Son gendre était venu pour la moisson. C’est lui qui décèdera le premier puis c’est le tour d’Amand, 57 ans et de sa fille Clémence, 24 ans.

Il y aura 32 morts en deux mois dans ce petit village de 600 habitants.

Amand a trois cousins, Pierre Nicolas Auguste né en 1800, Louis Eugène en 1802  et Théodore Marcellin en 1804. Ce sont des agriculteurs , propriétaires de leurs terres. Leur grand-père Louis LOUIS après avoir pris à ferme les terres de l’ancienne Commanderie templière les a rachetées en 1793 lorsqu’elles furent vendues comme biens nationaux.

Théodore s’installe à Paris comme marchand de vins. En 1829 il y épouse Marie Charlotte PAQUET qui décède en 1848. Il se remarie avec Pierrette RAULT. On le retrouve, vivant rue de Charenton puis rue du Roi de Sicile où Pierrette décèdera en 1863.

Auguste, dont le grand-père maternel est maître de poste, est postillon. Puis il rejoint son frère Théodore à Paris pour devenir brigadier dans la garde municipale. En 1838, il épouse Jeanne Henriette MOREL de 16 ans son aînée.

En 1841, il figure dans les recensements de Boult-aux-Bois, rue du Pont.

Il en devient maire en 1848 jusqu'en 1850. Affichant ouvertement ses idées républicaines, il rejoint Théodore à Paris pour se mêler aux opposants du nouveau régime dès 1852. Son épouse est décédée en 1849.

Revenu à Boult-aux-Bois, il est alors arrêté et condamné à l'éloignement le 6 mars.

Jugé exalté, "un des hommes les plus dangereux du parti anarchique", accusé de "répandre la terreur parmi les habitants de la contrée", "très violent, redouté, d'un caractère entreprenant".

C'est ce qu'écrit le préfet des Ardennes au Ministre de la Police Générale pour refuser la demande de grâce formulée par son frère  Théodore le 24 avril 1852.

Les habitants de Boult-aux-Boix adressent alors à Monsieur Ladoucette, représentant au corps législatif à Paris, une supplique pour appeler à la sollicitude du gouvernement à l'égard d'Auguste, le décrivant comme "un homme loyal qui jouit de l'estime des gens de biens, homme d'un zèle infatigable pour la chose publique".

Finalement, le 15 août 1852, la mesure d'éloignement qui devait envoyer Auguste en Angleterre est commuée en surveillance. Son frère Eugène figurera également sur la liste des personnes à surveiller puis sera gracié.

L'affaire s'arrêtera là.

Les trois frères reviendront finir leurs jours à Boult-aux-Bois.

Auguste devenu rentier épousera sa domestique et mourra en 1889, Eugène sera propriétaire et mourra en 1878 et Théodore, le marchand de vin, en janvier 1871, dans une France à nouveau très agitée. 

Les frères LOUIS, condamnés politiques en 1852

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