Qui était Eugénie Belletante ?

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Qui était Eugénie Belletante ?
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Sur un marché à la brocante, je découvrais, dépassant d’un carton, un vieil abécédaire comme en brodaient nos grands-mères et nos mères lorsqu’elles étaient petites filles.

Toujours réalisé au coton rouge, de ce Rouge du Rhin résistant au lavage, sur une toile un peu rêche, les petites écolières alignaient consciencieusement les lettres d’un ou plusieurs alphabets et une série de chiffres sans oublier de signer et quelquefois d’ajouter une date lorsqu’il restait un peu de place. Le tout était enjolivé d’une petite bordure plus ou moins fournie.

Ces « marquoirs », ainsi qu’on le nomme, devaient servir d’entrainement et de modèles à reproduire pour marquer le linge de la maison et du futur trousseau.

Donc, ce petit marquoir taché et un peu fripé avait tout de suite attiré mon attention. Il faut dire qu’on en trouve de moins en moins et ceux proposés sur les sites de vente en ligne arborent des prix prohibitifs.

Très excitée par ma trouvaille, je m’appliquais à suivre les lignes. Chaque lettre était brodée deux fois, en laine à tapisserie et non pas en coton. Il y avait trois fois la lettre P, peut-être pour terminer la ligne et pas de W. Ensuite les chiffres de 1 à 7. Le plus émouvant, la signature. Comme un message codé, je déchiffrais :

 

EUGENIE + BELLET

ANTE + RUETUREN

NE75+AGEEDENE

UFANS+ PARIS +

LANNEE + 1881+

 

C’était donc Eugénie Belletante, 75 rue de Turenne Paris, âgée de neuf ans en 1881.

Le tout était entouré de deux lignes de point de croix, terminé par un ourlet sommaire à grands points de fils blanc.

La trace rouillée de punaises à chaque angle indiquait que cet ouvrage avait dû décorer un mur de la maison.

La chose était trop passionnante pour ne pas chercher à retrouver, comme le fait mon amie Sylvaine, cette petite Eugénie. Et puis, elle portait le prénom de ma grand-mère.

Je la retrouvais rapidement.

Eugénie Colombe Clémentine est née à Montargis le 18 novembre 1871 à 4 heures du soir. Paris vient de vivre une année difficile. Sa maman, Claire Victorine Bourgoin, a sans doute préféré terminer sa grossesse dans sa famille. C’est Ambroisine Maury femme Podevin, sage-femme de son état, qui la met au monde 110 rue du Loing.

Le papa, Arthur Jean Maurice Belletante, graveur sur métaux, habite avec son épouse à Paris, chez ses parents, 26 Place Vendôme où Jean Julien Belletante est concierge.

Toute la famille est originaire du Loiret.

Le grand-père d’Eugénie, Jean Julien était cordonnier à Ladon avant de « monter » à la capitale avec son épouse Rosalie Prochasson. C’est à Ladon qu’est né le père d’Eugénie en 1845.

Sa mère est originaire de Villemoutiers où elle naît en 1851. Elle est lingère à Montargis. Leur mariage a lieu à Montargis en 1870.

Après Eugénie naîtront, également à Montargis, les jumeaux Arthur et Maurice en 1876. Seul Arthur survivra. Maurice décédera chez sa nourrice à 8 mois.

Après la naissance d’Eugénie, la famille s’installe au 126 rue de Turenne puis au 75. C’est à ce moment qu’Eugénie brode son marquoir. Où va-t-elle à l’école ? Rien ne l’indique. Il y a bien une école au numéro 54. Peut-être l’a-t-elle fréquentée.

Le 9 mai 1891, Eugénie se marie. Elle épouse Léon Presles, originaire de Montargis également. Il est employé de bureau et vit chez ses parents 33 rue des Tournelles. Son père, Pierre Antoine est fabricant de jouets.

Je n’ai pas trouvé la naissance d’enfants chez Eugénie et Léon.

Ils ne quitteront pas la rue de Turenne puisqu’ils y mourront, au n° 32. Eugénie le 27 mai 1941 et Léon le 3 mars 1954.

Ils sont inhumés dans un caveau au Père Lachaise.

 

 

75 rue de Turenne

75 rue de Turenne

Publié dans généalogie

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