La boulangère de Boult-aux-Bois
La boulangère de Boult-aux-Bois
C’était l’été, le mois d’août.
Tous les deux ans, mes parents et moi allions passer quelques jours de vacances chez ma grand-mère paternelle à Reims. C’était toujours une joie pour moi je retrouver cette grand-mère dans une grande ville attrayante aux antipodes de mon village catalan.
Mais le clou de l’expédition, car c’était une expédition de traverser la France par les routes nationales dans les années 60, résidait dans la semaine passée chez mon arrière grand-mère Laure. Elle vivait avec son fils Fernand, le frère de ma grand-mère, un original connu dans le village pour son avarice, à Boult-aux-Bois, dans les Ardennes.
A peine les valises posées dans la vieille maison, nous étions submergés de questions et Laure nous donnait des nouvelles du village, des voisins, des cousins…des cancans.
Ma grand-mère déballait les provisions et nous commencions le repas avec le délicieux pâté en croute de la renommée charcuterie Coeuriot à Reims. Fernand avait accommodé un lapin de son élevage de quelques girolles cueillies dans la forêt de Boult et Laure avait confectionné une merveilleuse tarte au sucre.
L’après-midi, nous allions tous dire bonjour à la cousine Caroline. Longeant la ferme voisine, nous arrivions au numéro 4 de la rue de la Cadetière, devant une petite maison basse, au toit en pente, qui faisait l’angle de la rue. A l’approche de la maison, une merveilleuse odeur de brioche parvenait jusqu’à nous. Je n'ai jamais retrouvé un tel parfum !
Puis, nous rentrions dans la boulangerie après avoir descendu deux marches. Caroline nous attendait derrière le comptoir dans une pièce sombre qui servait aussi de cuisine et de chambre, son lit caché derrière un rideau de cretonne, au fond de la pièce, contre le fournil. Informée de notre arrivée par l’oncle Fernand, elle nous avait déjà préparé pains, tarte et brioches.
Vieille dame très voutée, avec son petit chignon sur le somment du crâne, toujours le sourire aux lèvres, Caroline nous ouvrait les bras.
Ses deux fils, Jeannot et Gilbert s’activaient dans le fournil. Jeannot allait charger sa camionnette pour faire la tournée des villages environnants. Pas le temps de discuter. Boult-aux-Bois, petit village d’une centaine d’habitants avait la chance d’avoir sa boulangerie. Les deux frères, restés célibataires, ne sortaient guère. Toujours à la tâche.
Caroline Charlier est née en 1885 à Germont, village voisin où son père est charcutier.
En 1908, elle épouse un boulanger de Boult-aux-Bois, Gaston Fleury, neveu de mon arrière grand-mère.
Ils auront deux filles et quatre garçons. Chacun a fait sa route, seuls Jeannot et Gilbert sont restés au village pour prendre la relève du père décédé en 1953.
Mon père se rappelait avoir souvent accompagné, dans sa jeunesse, André le fils aîné, dans ses tournées de boulanger à Belleville-sur-Bar, au préventorium.
Il y a quelques années, nous sommes allés à Boult-aux-Bois en quête de souvenirs d’enfance et pour approfondir mes recherches généalogiques en mairie. Caroline était décédée en 1969 et ses deux fils, à leur retraite, avaient racheté la maison de mon arrière-grand-mère. Mais la maison était fermée, Jeannot étant décédé et Gilbert en maison de retraite.
La boulangerie existait toujours. Après avoir été transformée en garage, c’est un jeune boulanger qui vient de s’y installer et il m’a certifié que la bonne odeur de brioche était bien revenue. J’ai hâte d’aller les goûter !