Léonide, cordonnier 2/2
Léonide, cordonnier 2/2
Depuis quelques temps, on parle de guerre sans trop y croire cependant, car depuis plusieurs années les alertes n’ont pas manqué. Mais le 31 juillet, tous les chevaux sont réquisitionnés. Et c’est la mobilisation.
Raymond, son épouse Thérèse enceinte et sa belle-mère sont évacués vers Troyes. Le 29 août, l’Inspecteur d’Académie les autorise à se diriger en Gironde dans la famille de Thérèse. Après un très long voyage ponctué de nombreuses escales, ils arrivent enfin à Fargues Saint-Hilaire chez l’oncle et la tante de Thérèse. Raymond se met à la disposition de l’Inspecteur d’académie et obtient un poste d’instituteur à Camarsac, tout près de Fargues.
A Somsois, la rue Neuve voit passer les troupes françaises allant au combat et repasser une foule de blessés transportés au château et à l’auberge transformés en hôpital. On se bat à une demi-heure sur les fermes de Perthes.
Les allemands approchent de Somsois.
Le 21ème corps sauve de justesse le village de la destruction. Le général Dumas du 17ème corps a son quartier général au village. Trente deux français dont le fils du général Castelnau et vingt deux allemands sont enterrés au cimetière.
Marthe, la sœur d’Esther en informe Raymond par un courrier. Il y a 300 blessés dans la cour familiale qui arrivent dans des autobus. Léonide est resté au village mais Esther est allée rejoindre ses parents âgés à Arrembécourt où on prépare les paquets pour partir. Le vieux cheval n’a pas été réquisitionné, il va pouvoir ramener tout le monde à Somsois dans la petite charrette en y installant un lit pour le grand-père malade.
Les routes sont boueuses et défoncées par les nombreux passages de troupes et de convois. Le canon gronde au loin dans la direction de Reims.
Les cultivateurs reprennent leurs travaux dans les champs.
Malheureusement, les communications entre les villages sont interrompues. On ne délivre plus de sauf-conduits pour aller à plus de 5 km. Impossible de rejoindre Somsois qui se trouve à quinze kilomètres.
Le soir, des incendies de tous les côtés et le canon qui gronde toute la nuit.
Les employés des postes étant mobilisés, Léonide va chercher les dépêches sur son vélo à Vitry et à Saint-Omer.
Raymond et Thérèse reviennent dans la Marne, ils sont nommés instituteurs à Saint-Utin où naît leur fils Georges. Malheureusement ce petit enfant ne vivra que quelques mois.
En 1917, c’est le décès d’Esther à 51 ans.
Léonide poursuit son travail de cordonnier en y ajoutant celui de facteur rural. Il est de plus en plus fatigué et meurt en 1928. A ses obsèques, un très beau discours est lu.
Une vie de labeur et de dévouement.
Mesdames, Messieurs
Péniblement attristé par la fin soudaine de notre concitoyen et ami Léonide Peltier, je viens, en mon nom personnel et au nom de tous ceux qui l'ont connu et apprécié lui apporter un dernier adieu.
Né en 1861 à Droyes dans la Haute Marne, Peltier vint, après s'être crée un foyer, s'établir à Somsois il y a une quarantaine d'années et s'y fixa définitivement.
Artisan intelligent, l'esprit ouvert aux idées libérales, il devint le bon républicain qui aimait à discuter et à prouver l'exactitude de ce qu'il avançait. Homme de bon sens, il fit de sa pensée et de sa raison en libre usage, s'efforçant toujours d'éclairer cette raison et de cultiver cette pensée.
Chercher librement la vérité adopter les opinions politiques, religieuses et philosophiques qui nous semblent les plus dignes d'être suivies, c'est un des droits les plus sacrés de la personne humaine.
C'est pour nous tous un droit inviolable que celui de professer la religion, de pratiquer le culte ou de n'en pratiquer aucun, de nous ranger dans le parti politique que nous jugeons préférable à tous les autres.
Ne causant aucun dommage à autrui, personne n'a le droit de nous demander compte de nos pensées et de nos opinions. Ce fut là la règle de conduite de Peltier.
Tolérant, il admettait les opinions d'autrui et les respectait ; républicain d'avant-garde, il voulait qu'on respectât les siennes. Détaché de toute idée religieuse, mais respectant les religions, il vécut en homme libre qui sait qu'au-dessus de tout il y a une idée supérieure à laquelle nous pouvons tous nous rallier. C'est le culte de la justice, c'est le respect d'autrui, c'est la pratique de la fraternité.
Fidèle à ses pensées et à ses opinions, Peltier a voulu, en dehors de tout apparat et de toute solennité reposer dans cette terre, notre suprême refuge, à côté de celle qui fut la compagne dévouée de sa vie. Nous félicitons son fils, enfant de Somsois, d'avoir respecté la volonté qu'il devina chez son père.
Au nom du Comité Républicain du canton de Sompuis, au nom des habitants de la commune, je m'incline devant le cercueil de celui qui n'est plus.
Que cette terre te soit légère Léonide Peltier.
Adieu !
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