Belle et douce Champagne

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Belle et douce Champagne

 

La Champagne a toujours été une terre de passage.

Depuis les Barbares venus du Nord de l’Europe, les Huns d’Attila qui se font battre aux Champs Catalauniques* en 451, puis les Francs à la fin du Vème siècle, la Champagne fait partie du royaume d’Austrasie qui sera intégré à l’Empire Carolingien par Pépin le Bref et Charlemagne.

Une grande partie du sol français a toujours été ensanglantée par des guerres continuelles : guerre de Cent Ans, guerres de religion, guerre contre l’Espagne, guerre de Trente Ans, la Fronde…

Dans ces riches provinces traînèrent longtemps de redoutables bandes qui les ravageaient et les pillaient sans pitié.

L’ancien système d’enrôlement militaire qui consistait à recruter la plupart des troupes à l’étranger contribua beaucoup à ces saccages. Aussi dans les troupes du Roi, les soldats menant des vies de hasard se livraient à toutes sortes d’exactions pour ne vivre qu’aux dépends des habitants.

Quand une troupe ne pillait pas un village, elle lui imposait de nourrir, parfois longtemps, des centaines d’hommes et de bêtes de somme.

Dans ces petites bourgades d’une cinquantaine de foyers, les granges et les celliers étaient vidés, les huches dépouillées du moindre morceau de pain et la future récolte anéantie par le piétinement de la cavalerie qu’on laissait paître dans les terres ensemencées.

Le 15 janvier 1648, le jeune Louis XIV et sa mère la régente tenant un lit de justice**, Omer Talon, avocat général au Parlement de Paris,  lui adressa cet appel :

« Il y a, Sire, dix ans que la campagne est ruinée, les paysans réduits à coucher sur la paille, leurs meubles vendus pour le paiement des impositions auxquelles ils ne peuvent satisfaire, et que pour entretenir le luxe de Paris, des millions d’âmes innocentes sont obligées de vivre de pain de son et d’avoine et de n’espérer d’autre protection que celle de leur impuissance. »

En 1643, le colonel d’Erlach laissé en Picardie avec une armée non payée, composée d’Allemands ignorant le français commet toutes sortes d’exactions. Cette armée complétée de Suisses, de Polonais et de Suédois pénètre ensuite en Champagne. Les environs de Reims sont vite mis en coupes réglées.

« …ils arrivaient le flambeau à la main, entrant dans toutes les maisons auxquelles ils mettaient le feu. Pillant les églises et rançonnant les habitants… »

Les malheureux paysans sont contraints de se réfugier dans les bois.

C’est principalement dans le nord du département actuel de l’Aube que les violences furent terribles.

Mes ancêtres COLLOT vivaient, à cette époque, dans le petit village d’Arrembécourt.

Là, après une incursion de trente six cavaliers du régiment de Brignon qui en juin 1652 enlevèrent dans les pâturages trente chevaux, arrivèrent le 23 août suivant sept escadrons de cavalerie des armées des ducs de Lorraine et de Wurtemberg, soit 450 chevaux.

Le 20 novembre 1653, c’est l’armée de Turenne qui vole vingt chevaux et trente vaches, écrase le tiers des grains et brûle deux granges pleines.

Le 7 mars 1654 c’est le tour de deux compagnies d’ordonnance du Cardinal Mazarin qui rançonnent et pillent le village pendant 24 heures. S’il faut en croire le duc de Chaulnes, gouverneur de Picardie, ce même Cardinal aurait lui-même érigé en système le pillage des blés et des avoines, le trouvant plus simple, pour l’approvisionnement de ses troupes.

Dans la nuit du 12, la garnison de Clermont met plusieurs maisons à sac, emmène les chevaux et jette au feu les meubles des paysans.

Enfin, les 23 et 24 avril, le chevalier de Créquy, revenant de Liège avec 800 cavaliers et 2500 fantassins s’arrête 24 heures au village qui ne compte que 45 foyers.

Le siècle des Lumières apportera enfin la paix et un important développement de l’économie à la région.

Mais d’autres envahisseurs arriveront en  1870, 1914 et 1940.

*les champs Catalauniques : situés aux environs de Châlons en Champagne ( Duro Catalaunum)

**lit de justice : séance solennelle au Parlement

Sources :

Archives départementales de l’Aube

Revue de Champagne et de Brie  1885

Almanach de la Champagne et de la Brie - 1895

La misère au temps de la Fronde – Alphonse Feillet – 1886

Omer Talon – Mémoires – T.2 p.118

 

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