Mémé Laure

Publié le

Mémé Laure
Publicité

 

Je n’ai pas connu très longtemps mon arrière-grand-mère paternelle. J’avais 7 ans lorsqu’elle est décédée et je ne la voyais que pour quelques jours de vacances en famille au mois d’Août. C’était un sacré personnage !

Je revois cette dame à forte corpulence avec son petit chignon rond sur le sommet du crâne, sa voix aigüe mais autoritaire, elle menait son monde à la baguette.

Sa grande passion était la cuisine. Dès son lever, elle préparait ce qui allait mijoter sur la cuisinière, tournant et retournant la viande sur son assiette conservée derrière le grillage du garde-manger, rassemblant les légumes du potager pour les éplucher.

Elle guettait la camionnette du boucher qui ne passait qu’une fois par semaine et ramenait de chez sa nièce Caroline, la boulangère, le nécessaire pour faire de bonnes tartes. J’ai longtemps cherché sa recette de la tarte au sucre dont elle nous régalait.

Elle vivait avec son fils Fernand resté célibataire dans une petite maison, au bord de la rue principale du village, jouxtant les prairies. Elle entretenait une haine farouche pour les Prussiens, ayant vu son village envahi au cours de trois guerres.

Il fallait actionner énergiquement le bras de la pompe de la cuisine pour avoir de l’eau et la toilette se faisait à l’eau froide. Les WC occupaient une cabane en bois dans le jardin à côté des clapiers. Mais c’était pour moi de merveilleuses vacances.

Hortense Amanda Fleury que l’on a toujours appelée Laure est née le 20 mai 1869 à Boult-aux-Bois, ce petit village des Ardennes dont j’ai déjà parlé.

Son père Jean-Baptiste était bûcheron, sa mère Marie Bazéline Cosset élevait les quatre enfants, deux filles, Mélina et Laure et deux garçons, Alphonse et Constant.

Laure avait été « conçue sur le tard » disait-elle puisqu’elle avait vingt ans d’écart avec sa sœur.

Très bonne élève, elle passa le certificat d’études et le brevet supérieur.

En 1886,  le 10ème régiment de cuirassiers, venu de Bayonne, cantonna à Vouziers.

François-Edouard avait fière allure sur son beau cheval lorsqu’il venait courtiser Laure. Il ne lui en fallut pas plus pour être séduite.

Le mariage eut lieu à Boult-aux Bois. Son engagement terminé, François-Edouard emmena sa jeune épouse dans le Sud-Ouest où Laure fit la connaissance de sa nouvelle famille, gros propriétaires terriens dans les Landes.

La famille Labau possédait plusieurs métairies dont elle se contentait de toucher les revenus. A Hinx sur l’Adour, à Gamarde les Bains et Saint-Paul-lès-Dax, les parents de François-Edouard possédaient un beau patrimoine hérité du grand-père Nogaro, habile marchand de bois.

François-Edouard, étudiant en pharmacie avant son engagement demanda un emploi de secrétaire auprès du Commissaire de Police de Dax.

Thérèse naquit en 1891 et Fernand en 1893.

Mais le caractère de François-Edouard et sa trop grande prodigalité déplaisaient à Laure. Elle demanda la séparation de biens en 1907, date à laquelle ils  quittèrent les Landes pour s’installer à Reims. Leur premier domicile fut rue du Champ de Mars puis rue de Clairmarais.

François-Edouard obtint un emploi d’aide-pharmacien qu’il quitta peu après pour devenir directeur d’une salle d’escrime rue Carnot. Il en était aussi le professeur, ayant son brevet de prévôt.

Leurs enfants avaient fait leur chemin. Thérèse mariée en 1913 était institutrice dans les environs de Reims tandis que Fernand, célibataire endurci, ajusteur-mécanicien dans l’aviation avait choisi de rester près de sa mère, François-Edouard s’installant à Boult-aux-Bois.

Pour subvenir à ses besoins, Laure devint institutrice à l’école maternelle de la rue du Mont d’Arène à Reims.

Après plusieurs déménagements, elle s’installa rue de Courcelles avec Fernand. Puis, après le décès de son mari en 1936, elle revint, retraite prise, dans sa maison ardennaise avec son fils, qualifié d'original par les habitants du village.

Elle mourut à 90 ans, le 5 novembre 1959, après s’être régalée de tripes à la mode de Caen qu’elle avait passé la matinée à préparer.

 

 

 

Mémé Laure
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article