Abandonner son enfant ...
Abandonner son enfant …
Du milieu du XVIIIème siècle à la fin du XIXème les Européens ont abandonné plus de dix millions d’enfants.
A Paris, en 1787, il a été trouvé 40 000 enfants survivants. Ils étaient recueillis à l’Hôpital des Enfants trouvés où l’anonymat des dépôts était un moyen d’éviter les infanticides.
Une sorte de boîte tournante était pratiquée dans le mur des hospices et parfois des églises. Appelées « tour d’abandon », elle permettait aux mères désespérées d’y déposer leur bébé, agitant une clochette avant de se sauver. Ces malheureuses ajoutaient quelque fois, lorsqu’elles savaient écrire, un billet expliquant leur démarche, promettant de venir rechercher l’enfant lorsque leur situation se serait améliorée. Elles y notaient le nom et le prénom de l’enfant et son baptême, parfois un ruban, une médaille, une dentelle l’accompagnaient…ou elles coupaient le billet en deux parties afin de pouvoir reconnaître l’enfant plus tard.
Mais pour la majorité de personnes, illettrées, les causes de l’abandon étaient la misère, l’indigence, un nombre trop important d’autres enfants à charge, ou des circonstances particulières comme la mort ou l’absence du père, « à l’armée au service du Roy ».
C’était, pensaient-elles, une chance de survie pour leur bébé, espérant qu’une riche personne l’adopterait. Elles ignoraient que l’abandon le condamnait à une mort presque certaine.
C’est en recherchant l’acte de naissance d’un de mes ancêtres dans la commune de Dax que le phénomène m’a interpellée.
Dans les registres paroissiaux de cette commune j’ai relevé 70 abandons en 1788 et 79 en 1789. Ces enfants étaient déposés dans le tour d'abandon de l’hôpital tenu par les Filles de la Charité. Borda, le vicaire, enregistrait les baptêmes, parfois plusieurs le même jour sous la même formule :
Baptême à l’hôpital Jeanne née de parents inconnus a été baptisée le 2 juin 1788, parrain Jean Labau et marraine Jeanne Bernet qui n’ont su signer, de ce requis par moy BORDA vicaire Dax
L’enfant va porter le prénom de son parrain ou de sa marraine désignés par le vicaire. On retrouve toujours les mêmes personnes. Ainsi ce Jean Labau (qui n’est pas de ma famille), jardinier de l’hôpital, se retrouve le parrain d’une cinquantaine d’enfants.
A partir de 1793, les registres paroissiaux sont remplacés par les registres d’Etat-Civil. Les naissances sont déclarées à l’officier d’état-civil par la sage-femme, le médecin ou le père s’il est présent.
En 1795, plus d’un enfant sur 3 est déclaré illégitime ou naturel. Le plus souvent abandonné, un prénom lui est donné (Marianne Egalité, Charlemagne, Romarin…) mais l’identité de la mère n’est pas mentionnée dans l'acte.
Ainsi cet enfant mâle trouvé le 29 Ventôse par la directrice au tour de l’hôpital et que l’on a nommé Joseph Latour, le 16 Frimaire Pierre Floréal, le 6 Pluviôse Jules César, le 4 Germinal Adelaïde Joyeuse.
Quelques fois c’est un deuxième prénom qui leur tiendra lieu de patronyme comme Marie Blanche, Pierre Charles.
On trouvera aussi des Lorphelin, Trouvé, Malenfant. Vous en avez certainement dans votre famille.
Sources : Archives départementales des Landes
Les billets trouvés sur les enfants abandonnés à Paris aux XVIIè et XVIIIè siècles – Isabelle Robin et Agnès Walch
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