O comme Ordinaire
O comme Ordinaire
Rebelles, révolutionnaires, anarchistes émaillent ma généalogie. Mais la grande majorité de mes ancêtres étaient des gens bien ordinaires qui vivaient modestement, discrètement dans leurs villages.
Joseph Peltier (ou Pelletier) est né le 12 janvier 1746 à Saint-Chéron.
Fils de Louis et de Marie Madeleine Marchand, c’est un enfant de famille nombreuse. Marie Madeleine a mis au monde 11 enfants. Joseph est le septième, mais ils ne seront que 5 à atteindre l’âge adulte.
Saint-Chéron est un petit village de la Marne d’environ 200 habitants à l’époque.
Des terres agricoles, quelques bois…. Un ruisseau traverse le village. Deux rues principales : la rue haute et la rue basse, quelques ruelles.
Les modestes maisons sont en torchis, recouvertes de tavaillons de bois. Il n’y a souvent qu’une seule pièce pour toute la famille.
Louis est manouvrier. C’est le plus bas dans l’échelle sociale. Ne sachant ni lire ni écrire, ces paysans forment maladroitement leur nom sur les pages des registres paroissiaux.
Ils travaillent de leurs mains, ils ne possèdent pas de bêtes de labour. Ils cultivent, sur un petit lopin de terre qui ne leur appartient pas, quelques pois, fèves, choux, poireaux, quelques ceps de vigne, un peu de seigle. Certains possèdent des brebis ou des chèvres, un cochon, quelques poules.
Ils louent leurs bras à la journée dans les fermes pour un salaire de misère.
Pour améliorer leur quotidien, ils pratiquent le braconnage, le travail de la laine qu’ils filent ou tissent chez eux, ils ramassent le crottin qui sert d’engrais, ils curent les fossés et font un peu de maçonnerie.
Joseph, le fils de Louis se marie le 25 janvier 1773 avec Marianne Lacourt, née dans le village voisin. Il a 27 ans et elle 26. Ils signent l’acte de mariage, une écriture maladroite pour certains, mais Joseph sait apparemment lire et écrire. Avant le mariage, il a effectué son service militaire de 5 ans. Il est maintenant charpentier.
La France vit sous le règne de Louis XV. L’hiver 1740 a été rude. La disette qui s’ensuit fait augmenter considérablement le prix du pain. Une grave épidémie de grippe frappe le pays. Louis et Marie Madeleine perdent 3 enfants. Ensuite, une épizootie frappe le bétail.
En février 1745, Madame de Pompadour devient la favorite du roi.
Les armées françaises se battent aux Pays-Bas et en Italie.
En 1746, un arrêt prescrit la tenue de registres paroissiaux séparés pour les baptêmes, mariages et sépultures.
Joseph et Marie auront huit enfants. Six garçons et deux filles. Jacques l’aîné sera charpentier, comme son père.
Marie Jeanne se mariera, Marianne mourra célibataire à 30 ans, Claude à 34 ans. Puis c’est le tour de Jérôme (6 mois) et de Pierre (6 ans). Quant à Antoine et Joseph, j’ai perdu leur piste.
Les paysans sont accablés par les impôts. Rien n’a changé depuis l’époque médiévale.
D’abord, la taille et la gabelle. La dîme pour le Clergé.
Pour le Seigneur, le cens sur la récolte et le champart.
Et les nombreux droits : de pacage pour les bestiaux, de grurie sur les coupes de bois, mais aussi au moulin, au pressoir…. Pour faire du feu chez soi, c’est le droit de fouage.
Puisque tout ce qui n’appartient à personne appartient au Seigneur, les troupeaux, en traversant leurs terres soulèvent de la poussière, c’est le droit de pulvérage.
Si le paysan veut se rendre au marché dépendant d’une autre seigneurie c’est le droit de péage. Pour traverser la rivière sur un pont : le droit de pontonnage. Si c’est en barque, le droit de bac. Sur toutes les denrées arrivant au marché il faut payer « le leyde ». Pour les grains vendus, le droit de hallage, et le droit de minage pour leur mesurage. Droits de pêche, de garenne, glandée….ça n’en finit pas !
Les souffrances que le peuple endure laissent Louis XV indifférent. Des rumeurs circulent qu’il spécule sur les grains et il n’est pas le seul.
Le Roi meurt en 1774, année de mauvaise récolte.
Des villageois, des vagabonds envahissent les marchés et s’emparent des sacs de blé.
La troupe est envoyée pour disperser la foule. C’est la « guerre des farines ».
A la veille de la Révolution, le Royaume continue à appartenir à une minorité de privilégiés : le clergé et la noblesse. La seigneurie est toujours une espèce d’état dans l’Etat avec ses règlements et ses privilèges.
Joseph Peltier mourra dans son village le 24 décembre 1788 à l’âge de 42 ans. Marie Anne, le 20 Pluviôse de l’An 13 à 58 ans .