R comme Refus d'abjurer

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R comme Refus d'abjurer
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Dans le paysage de bocage de la Thiérache ardennaise se cache le petit village de Bay,  jouxtant le département de l’Aisne.

Dans ce village vivent 430 habitants, principalement d’agriculture et d’élevage. Les fermes sont entourées de vastes prairies bordées de haies et de taillis giboyeux.

En l’an de grâce 1712, le 12 janvier, Gilbert Taillandier, religieux de l’abbaye de Bonnefontaine, curé de la paroisse de Blanchefosse, note sur le registre paroissial de Bay le décès de Pierre Demolon, 62 ans, charpentier qui sera mis en terre au cimetière, avec « les cérémonies accoutumées », le lendemain.

Pierre Demolon avait épousé en 1674 Charlotte Cury. Elle décèdera 6 jours après son époux. Victimes d’une épidémie, d’une maladie contagieuse ? Rien ne l’indique.

De leur union sont nés, entre 1678 et 1697, dix enfants. Ils ont tous été baptisés sitôt leur naissance comme il se doit, leur espérance de vie étant souvent fragile.

Nicolas, sixième garçon, né et baptisé le 23 août 1689 vit dans la ferme familiale à Haute Bruyère, petit hameau près de Bay. Son épouse Françoise Dhesse lui donnera neuf enfants, quatre filles et cinq garçons.

La vie s’écoule tranquillement dans cette campagne besogneuse.

Nous sommes en 1766.

C’est au moment du décès de Nicolas que ce fait la découverte.

Sur le registre paroissial le curé a écrit :

 Je soussigné Jean Baptiste Collardeau prêtre curé de Bay certifie à tous qu’il appartiendra que le mardi quatre janvier du mois de février de l’année mil sept cent soixante six je me suis transporté à Haute Bruyère en la maison de Nicolas Demolon manouvrier veuf de Françoise Dhesse vivante sa femme sur l’avis que j’ai reçu qu’il était dangereusement malade à dessein de l’engager à abjurer l’hérésie dont il était affecté pour embrasser la religion catholique apostolique et romaine mais que ma négociation n’ayant pas eu le succès de faire je me suis retiré que le jour même on est venu m’annoncer qu’il était mort sans avoir donné aucune marque de conversion et qu’enfin on m’a appris le lendemain qu’on l’avait enterré pendant la nuit dans un coin d’une pièce d’héritage à lui appartenant à peu de distance de son domicile. Fait à Bay les jours mois et an que dessus                   

 J B Collardeau curé de Bay 

Voilà une surprise. Dans cette famille catholique, un rebelle qui embrasse la religion dite réformée.

L’Edit de Nantes signé par Henri IV en 1598 permet aux protestants de pratiquer leur religion librement mais cette idée de tolérance ne fait pas l’unanimité ni chez les catholiques ni chez les « réformés ». Aussi les protestants se regroupent-ils dans des villes refuges. En Thiérache, dès le début du 16ème siècle, les idées de la Réforme s’implantent dans les campagnes. Les persécutions étant nombreuses, beaucoup choisissent de s’exiler à l’étranger. Ceux qui sont restés préfèrent la dissimulation pour rester fidèles à leur foi. C’est pourquoi ils font baptiser leurs enfants mais se regroupent le dimanche dans leurs maisons pour des prêches.

L’archevêque de Reims, Charles-Maurice Le Tellier visite les paroisses et note ses observations dans des registres : « 3 ménages hérétiques… sont sages et ne font plus de bruit…ne fait point de scandales…certains enfants vont à l’école chez des maîtres hérétiques…vont au prêche à… »

Les cimetières paroissiaux étant des lieux saints ayant reçu une bénédiction initiale, l’inhumation d’un protestant y devient impossible. Ces derniers créent donc des cimetières spécifiques jusqu’à la révocation de l’Edit de Nantes qui les excluent de leurs propres cimetières. « Chacun pourra faire inhumer où bon lui semble, de nuit, sans rassemblement » dans des terres leur appartenant, aucun signe ne doit marquer leur présence. C’est ainsi que l’on voit se créer des cimetières de famille : quelques tombes dans un jardin, un pré…

C’est en 1787 qu’un Edit de tolérance reconnaît l’existence civile des protestants en leur octroyant un « terrain convenable et décent pour l’inhumation ». 

Bonaparte rétablira définitivement la liberté religieuse. "Dans les communes où l'on professe plusieurs cultes, chaque culte doit avoir un lieu d'inhumation particulier".

Alors, la famille Demolon était-elle une famille protestante qui se dissimulait ? Le mystère reste entier.

 

 

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C
Le mystère ne serra sans doute jamais percé
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