Embarqués sur l’Orne pour rejoindre les bagnes de Nouvelle-Calédonie. 1/18
Sources : Archives d’Outre Mer, Aix en Provence
Roger Pérennès, Déportés et forçats de la Commune de Belleville à Nouméa
Achille Ballière , Souvenirs d’un évadé de Nouméa.
A la suite des évènements de la Commune, de mai à septembre 1871, près de 40 000 personnes sont arrêtées. Fin juillet, il est décidé de les évacuer vers les dépôts côtiers, forts et pontons.
A l’issue de vingt conseils de guerre, une grande partie des prisonniers sera envoyée vers les bagnes de Nouvelle-Calédonie. Plusieurs navires assureront les convois.
L’Orne embarquera pour le 5eme convoi.
Achille Ballière a noté au jour le jour les évènements et la vie à bord.*
Le 1er janvier 1873, vers quatre heures de l’après-midi, les 207 déportés désignés pour le départ quittent la citadelle de Saint-Martin-de-Ré et embarquent dans les canots qui, traînés par un petit remorqueur, rejoignent l’aviso La Comète mouillé au large. Ce petit bateau de servitude assure les transports entre les forts et les navires en partance, à l’ancre dans la rade des Trousses. Les déportés restent à bord toute la nuit, la mer étant trop mauvaise pour les embarquer sur l’Orne. Le lendemain, tous les prisonniers sont enfermés dans les cages des batteries. Ils retrouvent des camarades à bord depuis la fin novembre provenant du fort des Saumonards et du château d’Oléron.
Le 3 janvier, le navire lève l’ancre et quitte Aix pour Quiberon où il arrive le 4.
Le 5, le commandant Vignancourt passe en revue les déportés qui vont être sous sa responsabilité pendant tout le voyage. Le 6, après avoir fait réparer ses bidons à eau, le navire repart pour Brest et mouille en rade le 7 puis vient s’amarrer à un « corps mort » face à l’ancien bagne. Quelques lettres sont distribuées.
Tous les matins il y a visite de l’aide-major ; l’arrachage des dents commence et va prendre des proportions considérables. Le préfet maritime vient à bord voir les déportés et veut bien débloquer certaines sommes sur leurs comptes pour leur permettre de faire des achats aux boutiques que les cantinières puis des marchandes installeront sur le pont. Pendant la nuit, il y a une tentative de pendaison. Les gardiens deviennent de plus en plus hargneux et menacent tout le monde des « fers ».
Le 9 le savon est distribué pour le lavage du linge. La tension monte à bord, les gardiens reçoivent l’autorisation de se servir de leurs armes pour calmer les excités.
Le 10, on charge le charbon et une nouvelle brigade de gardiens arrive en renfort. Ce ne sont pas des tendres, ils viennent du bagne de Toulon. Le « dépendu » est devenu fou. Un matelot qui manifestait un peu trop sa sympathie pour les Communards est expédié aux « fers » à fond de cale.
Le 11, 24 femmes condamnées de droit commun montent à bord. Parmi elles se trouvent Adèle Rogissard, « bagnarde » de la Commune. Elles sont destinées au pénitencier de Bourail (Nouvelle Calédonie). Ce ne sont pas des anges.
Le dimanche 12 le temps est beau.
Le 13, le navire est sous le fort de Quélern et l’aviso qui avait transporté les bœufs amène 218 condamnés qui embarquent sur l’Orne. Le chargement est maintenant complet et l’effectif des déportés s’élève à 540. Le 15 les dernières lettres sont expédiées et le 16 janvier à 10 heures précises on hisse le foc et la trinquette ; à 10 heures 30 l’Orne passe le goulet. Le grand voyage commence.
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