Embarqués sur l’Orne pour rejoindre les bagnes de Nouvelle-Calédonie. 2

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Embarqués sur l’Orne pour rejoindre les bagnes de Nouvelle-Calédonie. 2

Le 16 janvier 1873, le navire se trouve par le travers de Belle-Ile. Des haricots à moitié crus baignant dans l’eau froide sont servis au repas du soir. Les femmes condamnées sont malades pendant la promenade sur le pont et les religieuses ne valent pas mieux. Le 17 janvier on est à peu près à la hauteur de Bordeaux ; la mer est grosse au passage du golfe de Gascogne. Les estomacs sont toujours en difficulté. Le navire file onze nœuds, l’eau pénètre par les manches à air et par les sabords, bien que ceux-ci soient fermés. Les jeux sont autorisés sur le pont pendant la promenade par les officiers en dépit de l’opposition des gardiens. La machine est en marche et la température dans la batterie basse est de 35°.

Le 18 la mer est calme, les sabords sont toujours fermés, la chaleur incommode les déportés ; les batteries basses manquent encore de lumière. Un déporté s’est fait écraser les doigts par un gardien à la fermeture trop brutale d’une porte. Les bêtes embarquées font peine à voir, elles ont les pattes et les flancs déchirées par les chutes. Les prisonnières tournent en rend sur le pont sous le regard  inquisiteur du commandant.

Le 19 janvier l’Orne se trouve à la hauteur de Porto. Un boeuf qui a eu les pattes cassées est abattu. Le lendemain on passe Lisbonne. Depuis 30 heures la vitesse est tombée à un nœud et demi. Le déporté Pain fait une chute grave. La mer est mauvaise. Les condamnés de corvée ne ramènent que des récipients vides.

Le 21 les prisonnières quittent leurs costumes de bure, elles deviennent presque élégantes. Elles feront par la suite assez de scandales pour s’attirer les foudres du commandant. D’ailleurs elles ne seront pas les seules, deux surveillants sont mis aux fers pour inconduite et 8 privés de vin.

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