Embarqués sur l’Orne pour rejoindre les bagnes de Nouvelle-Calédonie. 3

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Le 23 on passe au large de Madère. La cheminée est rentrée, on marche à la voile mais le vent tombe et il faut mettre de nouveau la machine en route. Un surveillant est atteint par la gale. La garde se relâche, les sentinelles n’ont plus de chassepot et les marins se tiennent devant les grilles le sabre au fourreau.

Le 24 on se trouve à l’embouchure du Tennsift (Maroc). Les bœufs blessés sont abattus. Des déportés chantent. Des correspondances sentimentales sont échangées clandestinement entre les déportés et les condamnées. Dans la nuit, le navire passe entre les îles Ténériffe et Canaria.

Le 26 on approche de Dakar. Les marins dansent sur le pont et tentent d’inviter les condamnées. Les sœurs, offusquées, s’y opposent. On longe maintenant le Sahara, le temps est splendide. La machine est remise en marche malgré la brise. Le major fait mélanger du tafia additionné de vinaigre et de cassonade à l’eau distillée. Les déportés essaient de pêcher des bonites avec des lignes improvisées.

Le 30 janvier Saint-Louis du Sénégal est en vue. C’est le grand nettoyage. Les artilleurs sortent leurs uniformes pour descendre à terre. A 10 h 30 le pavillon d’appel du pilote est hissé.

L’Orne est maintenant à l’ancre face à Dakar et les premiers marchands sénégalais se sont installés à bord avec les produits les plus variés. Les déportés jettent des biscuits aux indigènes. Les achats se font par l’intermédiaire du commissaire. Les prisonniers peuvent voir tout près d’eux les habitants. Des dromadaires circulent nonchalamment. Le commissaire fait embarquer une chèvre et son biquet, le lait servira à nourrir ses enfants. Le gardien-chef, ivre mort, est arrêté par une patrouille de Sénégalais. Les palans hissent les buffles dont la viande viendra compléter l’ordinaire.

 

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