Embarqués sur l’Orne pour rejoindre les bagnes de Nouvelle-Calédonie - 9/18
Le 18 mars c’est l’anniversaire de l’insurrection : les déportés endimanchés chantent la Marseillaise et « le chant des exilés ». L’état-major indifférent ne réagit pas. Le nombre de malades augmente toujours et les caisses médicales sont restées à Brest, dans la hâte du départ on a oublié de les embarquer. Le commandant refuse le quart supplémentaire aux malades alors qu’il avait été demandé par le médecin major et ses aides.
Les femmes sont isolées et il est interdit de passer devant les grilles de leur cage. Les passagères libres se lancent des injures.
Le 20, on vient d’abattre un bœuf de la réserve. Le dernier survivant mourra d’épuisement. Une indiscrétion d’un courant d’air soulevant un rideau a mis en difficulté un aide-major qui « s’entretenait » avec une des condamnées faisant fonction d’infirmière. On a perdu presque 20 jours par manque de vent. Le 24 il n’y a toujours pas de souffle d’air et la mer est d’huile. Les feux ne sont utilisés que pour le bouilleur et les pompes. Un roulis désagréable dû à l’allègement du navire fait promener les objets dans tous les sens, le plancher est devenu une patinoire.
Le 26, une nouvelle femme a été envoyée au cachot pour 192 heures, une histoire de trafic de vin avec un matelot. On compte maintenant une centaine de scorbutiques. Le surveillant général s’est fait mettre à pied à la suite d’une plainte des condamnés pour dettes et « tripotages ». Il y a un gâchis lamentable, les vivres non consommés sont jetés à la mer (des pommes de terre et des oignons), ils auraient pourtant été bien utiles pour soigner les malades.